mardi 18 août 2015

L’ENERGIE RENOUVELABLE DE PROXIMITE, ENTRE OPPORTUNITE POUR LES POPULATIONS RURALES ET LA REDUCTION DE LA DEFORESTATION AU CAMEROUN

Image bio-digesteurs permettant aux ménages des zones rurales 
de la région de l’Adamaoua de produire du biogaz à partir de la bouse de vache (SNV, 2013)

Le monde entier est aujourd’hui confronté à l’urgence aiguë d’une crise intergénérationnelle qu’est le changement climatique. Pour y faire face, les énergies renouvelables ont été identifiées par de nombreux experts comme une solution de développement soutenable et sobre en carbone.

Les plus grandes puissances industrielles du monde s’y convertissent peu à peu, abandonnant progressivement les formes conventionnelles d’énergies qui se sont avérées extrêmement polluantes pour l’environnement.
Par contre, bon nombre de pays moins industrialisés malgré quelques effort tardent à franchir le cap. En effet, tout comme les autres pays d’Afrique centrale, le Cameroun dispose d’importantes ressources énergétiquesvariées. Des études dont les résultats sont repris dans le Plan Energétique National (PEN), indique qu’il dispose d’une insolation moyenne de 4,9 KWh/m²/j, soit 4 KWh/m²/j pour la partie sud du pays et 5,8 KWh/m²/j pour la partie septentrionale. Cette énergie est estimée à 89,25 TWh/an et est exploitable sous deux formes, thermique et photovoltaïque. De même, les résidus de récoltes et autres déchets ruraux et urbains, animaux ou végétaux, ménagers ou industriels, sont de bonnes sources d’énergie jusqu’ici non valorisées. A titre d’exemple, une étude menée par GIZ, estime à 2,45 millions m³, soit environ 1.20 millions de tonnes, le volume de résidus de bois générés par la production ligneuse au Cameroun.
Malgré ce potentiel, la population camerounaise fait face à un problème sérieux d’accès aux services énergétiques de base. Les statistiques démontrent que près de 46% de cette population n’a pas accès à une énergie durable (BM, 2012). Sur les 13104 localités que compte le pays, moins de 3000 sont électrifiées. C’est ce qui explique le fait que le bilan énergétique du Cameroun soit dominé par la biomasse (charbon de bois, bois de chauffe). Il représente près de 53% de l’énergie consommée1. La situation est plus criarde en zones rurales où elle compte pour plus des 80% de l’énergie primaire.
Cette demande urbaine et rurale en bois de feu et en charbon de bois est un facteur important du déboisement du territoire1 et augmentera en chiffres absolus dans les années à venir avec des rétroactions négatives sur les systèmes climatiques si rien n’est fait.
Dans le même temps, ce faible niveau d’accès à l’énergie n’a pas facilité l’atteinte des OMD au Cameroun2, et ne facilitera non plus la réalisation des ODD dans l’avenir.
Face à cela, l’impératif de trouver des stratégies permettant d’assurer l’approvisionnement des ménages ruraux en source d’énergie domestique durable se pose de plus en plus avec acuité. S’il est vrai que l’hydro énergie3 apparait en pôle de position dans la politique de développement du secteur énergétique au Cameroun, nous estimons qu’elle présente plusieurs controverses sociales et environnementales. De plus elle ne sera pas, à elle seule en mesure de répondre à la demande de plus en plus croissance observée et encore moins d’atteindre les localités les plus reculées.
Dès lors, même si l’hydroélectricité paraît comme un bon moyen de développer des énergies propres pour le secteur de l’industrie camerounais, le solaire et la bioénergie(issue de la valorisation des déchets organiques inexploités (rebus forestiers, déchets organiques d’élevage, etc.)semblent plus adaptées pourfournir une électricité verte aux populations locales.
Elles sont dans le contexte camerounais des solutions idoines pour répondre à cette double préoccupation c’est à dire de relever le défi lié au transport de l’énergie vers les zones de consommation locales, de réduire la pression sur les ressources ligneuses et de ce fait réduire la déforestation. Un rapport d’OXFAM fait état de ce qu’elles constitueraient une source d’énergie plus abordable que le charbon pour les populations pauvres des pays en développement à travers le monde et une opportunité réelle d’accès à l’énergie pour celles-là qui sont le plus souvent éloignées des centres de production.

installation d'un panneau solaire 
par un jeune Baka(PA) formé dans le cadre du PODC-Momedjoh
A ce propos, bien que cette énergie de proximité constitue à tous points de vue une solution durable à l’électrification des localités du Cameroun, il faut toutefois relever que la mise en place d’un tel dispositif fait face à un cadre politique et réglementaire en la matière plus ou moins absent, ce qui ne facilite pas le déploiement des institutions étatiques et non étatiques connexes ; au faible niveau de développement technologique du pays ; au coût d’investissements en la matière plus ou moins élevé malgré la baisse significative des coûts de technologies sur le marché international et surtout à de faibles capacités des acteurs locaux à la base à développer ce types d’alternatives.
Dès lors, nous espérons que dans un contexte marqué par les changements climatiqueset compte tenu de l’intérêt qui doit être accordé à cette problématique, les différentes parties prenantessauront mettre en place des politiques et stratégies adéquates efficaces pour relever ces différents défis. A titre de recommandations, nous proposons à différentes échelles que :

Au niveau international,
les pays développés doivent clarifier le plan sur les 100 milliards de dollars US d'ici2020.
la COP 21 de Paris doit prendre des engagements concrets pour la redirection des investissements des énergies fossiles vers les énergies propres
la COP21 de Paris doit encourager et soutenir financièrement les bonnes pratiques énergétiques et leur mise à l'échelle afin de s'attendre à une baisse considérable des émissions de GES.
La COP 21 de Paris doit prendre des engagements concrets en matière deTransfert de technologie vers les PMA au regard de leurs potentiels de réduction des GES


Au niveau national
la définition d’une politique énergétique nationale qui tiendrait compte des opportunités de valorisation des sources d’énergie renouvelables disponibles, les opportunités à saisir dans le cadre du mécanisme REDD+ et intégrerait la spécifié des différentes régions du pays. Celle-ci devra se traduire à terme par la mise en place d’une réglementation et d’une stratégie efficace et apte à impulser et à réguler le secteur des énergies renouvelable en générale, du solaire et bioénergie en particulier ;
la création et le fonctionnement dans l’immédiat l’agence en charge de la promotion du développement des énergies renouvelables tel que prévue dans la loi de 2011 ;
le renforcement des capacités techniques et financière de cette structure
la sensibilisation des acteurs locaux sur les changements climatiques et les enjeux de l’énergie renouvelable
la vulgarisation de la technologie verte au sein des universités et la promotion des emplois verts
le renforcement des capacités des acteurs de la société civile et des communautés locales sur la question des énergies renouvelables et subventionner les projets de promotion des énergies solaire et de valorisation des déchets organiques inexploités en bioénergie dans les zones rurales. 
 

1 D’après le bilan énergétique du Cameroun, en 2010, la production totale d'énergie a été de l’ordre de 8 521 ktep dont 53 % de biomasse, 43 % de produits pétroliers et seulement 4 % d’électricité

2 Les premières études menées nous ont permis de constater que les causes de déforestation et de dégradation des forêts au Cameroun sont au premier rang la conversion des forêts pour l’agriculture et la récolte du bois de feu 

3 L’amélioration de l’accès à l’énergie dans les pays en voie de développement a été définit par les Nations Unies comme un pré requis à l’atteinte des OMD 

4La production actuelle de ces centrales hydroélectriques ne représente que 3% du potentiel hydroélectrique économiquement «équitable» du Cameroun

Par STEVE ZANGUE 

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